Internet junkie

J’ai un rapport à l’internet compliqué. Je sais très bien m’en servir, mieux que beaucoup de gens que je connais, pour trouver les informations qui m »intéressent. Et comme je m’intéresse à beaucoup de choses en même temps, je peux me retrouver rapidement avec une douzaine de pages ouvertes sur autant de sujets différents.

Internet m’a donné certains de mes amis les plus proches, dont ma meilleure amie. Internet me donne des nouvelles de certains autres amis très éloignés géographiquement, qui ne trouvent pas le temps de m’écrire ou de m’appeler (je le faisais moi au début, puis j’ai eu des enfants, et j’ai totalement perdu avec eux l’envie de courir après les gens).

Internet pour moi, c’est aussi Netflix, et des dizaines de séries.

Je suis accro à l’internet, parce que quand je suis devant un film et qu’un élément me pose question, j’ai le réflexe de saisir mon smartphone et de demander à Google.

Quand je suis dans une salle d’attente, ou en train d’attendre quelqu’un dans un parking, je regarde mon téléphone. Quand je suis au sport, hors cours collectifs, je discute parfois sur messenger avec des amis.

Mais de l’autre côté, je déteste ce qu’internet fait de certaines personnes de mon réseau (souvent des gens bien moins aguerris, comme des personnes âgées, ou à l’inverse très jeunes, entre autres). Les abrutir littéralement parce qu’ils ne savent pas reconnaître un Hoax, ou vérifier si ce qu’ils partagent n’est pas une fake news. Je me dis souvent qu’internet rend con, car trop d’informations à dispo, et les gens ne prennent pas le temps de vérifier leurs sources, de se poser les bonnes questions, bref de faire le travail du journaliste en fait. Même les journalistes d’aujourd’hui se font prendre à ce piège en voulant partager trop vite l’information.

Par moments, je rejette visceralement l’internet mondial. Parce qu’il montre le pire de l’humanité, il permet aux lâches de vomir sur les autres, en se cachant derrière leur écran, il permet à la haine de se répandre comme une trainée de poudre, comme ça, d’un seul clic;  il permet aux adolescents irresponsables de poursuivre leurs camarades les plus faibles jusque dans leur foyer censé les abriter. Internet me fait peur, en tant que parent. En tant que citoyenne aussi, quand je lis les propagandes dénuées d’argumentation et de réalisme qui pourtant sont accueillies sans aucun questionnement de la part d’une (trop grande) partie de la population. En tant qu’être humain, quand je lis la haine dont sont capables les gens dès lors qu’ils ne sont pas en face de toi.

Je me rassure en me disant que ces vils commentateurs ne sont pas représentatifs de la majorité. Dans mon entourage, 2 personnes sur 3 n’utilisent pas ou très peu Facebook, et/ou ne connaît aucun autre réseau social, et n’ont jamais commenté sur le moindre site de leur vie.  La majorité silencieuse ? Va savoir.

Bref, depuis des mois, je suis constamment en tentative de sevrage. Il m’arrive de me forcer à ranger mon téléphone dans un tiroir dès mon arrivée à la maison pendant une semaine, pour ne pas savoir ce qu’il se passe, pour lire, pour jardiner. Puis un jour, une info me manque et je me connecte. Et je retombe. Je n’y arrive pas.

Le temps passé sur Netflix est aussi autant de temps que je pourrais utiliser pour lire. Et ainsi donner le goût de la lecture à mes enfants. (la cadette ceci dit, ne sait pas lire et pourtant est déjà férue de livres, elle voudrait passer son temps à nous écouter lui lire des histoires qu’elle choisit avec soin. Elle adore les feuilleter, même si elle n’y comprend rien).

J’ai volontairement désactivé toutes les notifications de mon smartphone, que ce soit messenger, skype, WhatsApp et autres, pour ne plus être dérangée par des bips incessants. J’ai 15h de forfait vocal inutilisé à ce jour à cause des reports car les gens ne veulent plus téléphoner, ils veulent chatter online car ça leur permet de faire autre chose en même temps. Mais moi je ne veux plus faire plusieurs choses en même temps. Je veux écouter mes enfants parler, je veux me concentrer sur mon livre, ou sur la recette que j’essaie de faire, je veux être focalisée sur ce puzzle que je fais avec mon ainée. Et si quelqu’un veut me parler, je veux qu’il prenne dix ou vingt minutes de son temps pour le faire vraiment et correctement. Pas entre deux tâches ménagères, ou entre deux réunions, ou aux wc. Oui, c’est pratique, oui c’est un gain de temps à priori. Mais en réalité, c’est de la merde. C’est comme niquer à la va-vite entre deux portes. Tu veux qu’on se parle ? Allons boire un café. Ou envoie moi un putain de SMS, parce que parfois je ne veux pas avoir à être connectée. Je veux être libre. Je ne veux pas qu’on me dise que j’ai raté une info parce que j’ai juste voulu me libérer des chaines de l’internet. Si quelqu’un de ma famille meurt, je veux qu’on m’appelle pour me le dire bordel, pas qu’on fasse un post sur FB.

J’en ai marre. Ok, ce sont des outils formidables, ces outils de discussion, ok, mais à condition que si on a un truc vraiment urgent à dire, et qu’on voit que l’autre n’est pas en ligne, on décroche son fucking téléphone pour lui dire !

M’enfin. Internet, quelle belle invention. Et quelle prison.

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