Sep 272016
 

La semaine dernière, un bruit douteux m’a obligée à me séparer de ma voiture pour quelques jours, le temps de la faire réparer. Je me suis ainsi retrouvée piétonne, et dans le grand Nouméa, ce n’est pas une partie de plaisir.

Moi qui ai étudié quelques années à Paris, j’ai connu ce qu’est une ville dotée de vrais trottoirs, de transports en commun réguliers, bref une ville pensée pour les piétons. ici c’est tout l’inverse, priorité aux voitures. Quand je suis rentrée, ça m’avait déjà frappée, mais j’étais plutôt contente de pouvoir conduire et de ne plus avoir à supporter les pervers dans le métro. C’est une autre histoire.

Ici, on a gardé de la deuxième guerre mondiale un souvenir béât des américains, qui fait que beaucoup de gens adorent imiter leur style de vie…c’est ainsi qu’on se retrouve avec une ville remplie de pick-ups, de monstres à moteur. Entendons-nous bien : c’est débile. Les mecs se baladent dans des gros machins qui sont une horreur à garer, qui bouchent la vue au stop, qui gênent tout le monde dans les parkings, et en plus ils se surendettent pour les payer…mais awa, tu comprends, ils te disent que c’est pour le coup de chasse du week end en brousse alors tout va bien.

Donc. Quand tu es piéton, c’est l’enfer.

Le vendredi matin, je dépose ma voiture au garage, et je décide de repartir chez moi à pied. Il fait beau, il fait chaud, pourquoi pas. Là, plus j’avance, plus je  réalise à quel point rien n’est pensé pour les piétons. Trottoirs quasi inexistants, chemins parsemés de trous, de cailloux, le chaos. Les voitures roulent vite, trop vite et te frôlent. Arrivée dans mon quartier, je constate le manque de passage piéton en plus du manque de trottoir adapté.

L’après midi, n’ayant pas envie de rester coincée chez moi, je décide d’aller faire un tour à la pépinière d’à côté avec le Koala dans sa poussette. C’est un autre chemin que celui du matin. C’est pire. De ce côté ci, les trottoirs sont inexistants, et les bordures de route sont en terre. Qui dit terre, dit poussière. C’est simple, ma fille et moi, on s’est bouffés de la poussière tout le long. Et j’ai eu l’impression que j’allais mourir à chaque fois qu’une voiture passait. En effet, rien ne nous séparant vraiment de la route, on voit sa vie défiler chaque instant. Surtout qu’ils roulent vraiment trop vite, ces cons. Avec les gros bordels, donc.


Bonus, ma fille a dû se croire dans une machine à laver en plein essorage tant la route était cahotique. Elle a quand même trouvé le moyen de s’endormir.

J’ai donc retiré de cette expérience que :

– je roulerai encore plus doucement à l’approche de piétons

– il y a de quoi avoir envie de les caillasser, les mecs qui roulent à tombeau ouvert avec leur gros bordel de pick-up.

Oui, je suis grossière mais vraiment, à quoi ça sert de rouler avec ça en ville ?


Y en a qui ont besoin de compenser la taille d’un truc, c’est forcément ça…

Nouméa, pas du tout piéton friendly, sachez-le.

Sep 142016
 

Bon, on parlait donc des parents qui n’ont plus le temps de rien. On exagère, te dis-tu ami lecteur sans enfant ? Et bien, laisse moi te narrer ma journée type…

5h35, le reveil de mon téléphone sonne. il ne me réveille pas. Le z’homme l’éteint et met le rappel tout en me disant que c’est l’heure. Ça resonne. Le z’homme me le jette à la gueule, je me lève. Mes deux merveilleux enfants se réveillent en chouinant, et me tiennent à peu près ce langage : »maaaaaamaaaaaann, je veux maaaaaman, ouin ouiiiiinnnnnn ouinnnnnn » alors que j’essaie de me préparer tant bien que mal…le Koala trouve que c’est une bonne idée de m’escalader les genoux pendant que je suis aux wc, le chat N°2 s’enroule autour de mes mollets, après tout, elle n’a pas besoin de respirer la petite dame.

J’avale un petit déjeuner rapide en préparant celui des filles, pendant que le zhomme poursuit le Koala dans la maison pour essayer de lui enfiler ses habits. Le Mogwaï râle sur ses tartines qui ne sont pas assez bien étalées, les chats miaulent et manquent de me faire tomber pour avoir des croquettes, tout va bien, c’est le début de la journée, TOUT BAIGNE.

6h30, je dis au revoir à tout mon petit monde, et je me tire vite fait. Le zhomme a les choses en main (ou pas). Matinée de boulot finie à 11h, je file en mode marathon récupérer le Mogwai à l’école, qui ne mange plus à la cantine pour plusieurs raisons sur lesquelles je ne m’étendrai pas aujourd’hui, bref, il faut la faire déjeuner, aller aux wc, puis la ramener. Puis retourner bosser. Le zhomme m’assiste dans cette mission, c’est lui qui la ramène une fois sur deux.

Après une journée de boulot où se sont mêlés problèmes divers, humeurs changeantes chez certains collègues, ménopause, andropause,schizophrénie certaine, mais aussi quelques résolutions de mini-crises logistiques personnelles telles que : appeler pour un rdv chez le dentiste, penser à commander le menu de la gamelle de la semaine suivante, voir le téléphone afficher « crèche » avec angoisse et s’entendre dire « le Koala a 38, on lui donne du doliprane? Vous venez la prendre quand ? », envoyer la liste de courses à faire par sms au zhomme, renvoyer le devis signé du nouveau deck, réfléchir à ce qu’on cuisinera le lendemain soir, répondre aux mails des autres parents de l’Association des parents d’élèves, se noter mentalement puis l’oublier aussitôt de racheter les pipettes anti-puces des chats,s’en rappeler pile au moment de se garer à la maison, envoyer des mots d’amour au z’homme parce qu’on a envie…
Bref, après cette journée de 20h en 8, je cours, je vole, récupérer le Mogwaï à l’école, où je prends le temps de sociabiliser avec quelques autres parents, pendant qu’on essaie d’amorcer la mission du « tous en voiture, non la mienne, pas la leur, assis toi dans ton put… de siège, oui c’est un gros mot mais arrête de m’énerver, arrête de le plaquer au sol, monte, on va être à la bourre », et hop on part vite récupérer le Koala avant que la crèche ne ferme. Là bas,l’enfant grand, après avoir trainé pour enlever ses pompes à l’accueil, se la joue je connais tout le monde et prend bien le temps de faire la bise à TOUS les fucking accueillants de la structure, et fonce sur sa soeur, qui elle l’esquive habilement pour se jeter sur moi.

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J’essaie tant bien que mal d’écouter le compte rendu de la journée (elle a fait caca, elle a bien mangé, elle a bien rigolé, elle a fait des sculptures sur pâte à modeler, youpi c’était génial, merci au revoir), pendant que la grande en profite pour grimper sur TOUS les toboggans du jardin d’enfant, puis j’amorce cette fois l’opération « barrons- nous vite avant que je fonde un fusible », quand soudain je tombe sur la maman de machin-truc-bidule qui me demande si j’ai bien eu l’invitation pour le gouter d’anniversaire, moment qui permet au Mogwaï de se faufiler dans la partie bateau pirate de l’endroit et c’est reparti pour dix minutes de négo pour qu’elle radine ses fesses par ici sinon je la laisse là (oui, l’éducation bienveillante à cette heure là, tu m’excuseras mais j’ai un peu de mal, je passe en mode chantage honteux).

On monte en voiture; après que le Mogwaï ait retapé 3 fois son code et celui de sa sœur sur le tableau d’enregistrement (oui, ma crèche est moderne), se soit arrêtée pour cueillir des fleurs, se soit assise à la place conducteur, et ENFIN roule ma poule. Direction la maison, où il faut vite Où il faut vite arroser le jardin. Pendant ce temps-là, soit elles jouent sur la balançoire ou le toboggan, soit le Koala reste dans mes bras, ce qui rend l’exercice toujours plus fun…

Reste ensuite à faire rentrer tout ce petit monde dans la maison pour prendre le bain, après que le modèle réduit ait bouffé trois quatre croquettes pour chat au passage, que la grande ait cueilli encore des « fleurs » (mauvaises herbes) et m’en ait fait un bouquet qu’elle tient à ce que je garde près du cœur. 

Déshabillage laborieux dans le couloir, ça y est, elles sont dans le bain, je m’assois sur le lit d’où je peux les surveiller, je regarde 3 minutes 20 d’un épisode d’une de mes séries. Je baisse ma garde une seconde, quand le Koala se saisit d’un jouet qu’elle remplit d’eau et le vide sur le tapis de la salle de bain. Je l’aime.

Sortons-les du bain, essorons-les, le z’homme en général arrive vers ce moment-là en demandant « qu’est-ce qu’on mange ce soir ? » et finit bien souvent par faire la cuisine. Après un repas plein de rebondissements, de nourriture à moitié dans l’estomac, à moitié au sol, après avoir répété 3258 fois au Mogwaï d’aller aux wc et de se laver les mains, vient ce moment tant attendu, le Graal des parents chaque soir, l’heure du coucher.

Bien sûr, ça ne se fait pas en claquant des doigts. On parle d’un rituel long, complexe, qu’il faut revoir périodiquement car l’enfant n’aime pas la routine.

Bref. Vers 21h, 20h30 les bons jours, vient ce moment merveilleux où tu t’asseois …non, tu manques encore de tomber à cause du chat qui réclame à bouffer…tu t’assois  dans le canapé donc…tu lances ta série Netflix, tu te cales dans…..raaaaah tu te relèves parce qu’un chat miaule comme un damné pour sortir et que le principe de la chatière lui échappe encore. Rognttttidju. Portier pour chat, bonsoir.

Bref. Tu te cales dans le canapé, tu lances Gotham…..

 Et tu t’assoupis comme une merde au milieu de l’épisode, en bavant sur l’épaule de ton conjoint qui pionce aussi. 
Avantage : une saison d’épisodes dure plus  longtemps si tu la regardes en 48 fois. 

Sep 142016
 

Je sors du silence pour parler d’un truc qui me défrise depuis quelques jours sur la toile. Moi qui ne lit pas beaucoup de blogs ces dernières années, je ne cesse de voir dans mon fil d’actualité Facebook des articles sur « Le deuil de la femme que j’étais avant d’être mère », « je ne supporte pas mes gosses en vacances », « les parents sont bien plus débordés que les autres », etc etc etc, tout ça en mode semi-geignard semi-fier comme un paon.

C’est insupportable. Sérieux. La vie est faite d’étapes. A chaque chose son temps, on grandit, on vit, on avance et un jour, attention spoiler Alert: à la fin, on meurt.

Franchement, vu le temps que me prennent mes gosses, j’ai même pas le temps de regarder derrière moi et de larmoyer sur ma vie passée qui me manquerait. Parce que ca ne me manque pas. J’ai vécu des choses formidables, à 18 ans, à 25 ans, à 35 ans, mais voila c’était des choses qui allaient avec mon âge, avec ces époques de ma vie. Des choses qui seraient totalement inappropriées pour moi aujourd’hui, franchement,tu me vois arriver le matin au bureau directement après une soirée en boite de nuit, sans avoir dessaoulé ? Ou me faire un bain de minuit en fumant des joints avec des copains tout en chantant des génériques de dessin animé ? Non. Vraiment, chaque âge ses « loisirs » si l’on peut dire.
On a en bien profité. Des voyages, des sorties, des cinémas plusieurs fois par semaine, des apéros après le boulot 5 jours sur 7, qui se prolongeaient bien souvent en resto. Ouais, c’était sympa. Mais ça ne me manque pas. Ca ne me manque pas de vivre dans un 38m2, de monter 4 étages avec mes courses, d’être locataire et de supporter le bruit des voisins, de gagner 2 fois moins d’argent, non décidément ma vie je l’aime comme elle est aujourd’hui.
Je l’aimais aussi à l’époque, parce qu’elle était en accord avec ce que j’étais.

Et puis, ces complaintes sur le temps libre. Ah oui, le fameux temps libre. Moi aussi, au début je me disais mais c’est bizarre, comment il peut être 21h, j’ai regardé l’heure tout à l’heure il était 6h ????!!!! Moi aussi, je me suis beaucoup dit « mais attends, qu’est ce que je faisais de tout ce temps libre avant ??? ».
Et en fait, j’ai un début de réponse :
D’une, la nature est bien faite, et te rend un peu amnésique quand tu as des gosses. C’est simple, d’abord tu oublies la douleur de l’accouchement, ensuite tu oublies ce que tu pouvais faire de si intéressant avant, et tu en arrives même à oublier que tes gosses t’ont rendue marteau, une fois qu’ils sont plus grands. Si, si, ma mère est persuadée qu’on était des enfants sages et parfaits, j’ai le témoignage de ma grand mère pour la contredire, preuve qu’avec les années, le parent oublie les pires moments, pour ensuite mentir aux futurs parents en leur disant que « c’est que du bonheur ! ».Ne les blâmez pas, ils ont perdu la mémoire, ce n’est pas leur faute.
De deux, et bien on ne faisait pas tant de choses que ça. On se raconte qu’on partait à l’improviste en camping, qu’on faisait des trucs de dingue, mais en réalité ça n’est pas arrivé si souvent. La vérité, c’est que le temps que je passe aujourd’hui à ranger, laver, crier, en voiture entre le boulot, la crèche et l’école, je le passais autrefois….à boire et dormir. Ouais.Bon.

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Enfin bref. Tout ça pour dire, faut vivre dans le présent, pas dans le passé. Et ouais, ta vie d’avant est finie, welcome ta vie de maintenant, elle est pas si dégueu et elle te rapproche de ta vie d’après, celle où tu boiras des mojitos pendant que tes gosses feront le ménage à ta place, et que tu pourras leur foutre la honte pendant leurs soirées d’anniversaire. Profite de ces moments rares, de ces moments magiques où la petite dernière rigole à ta moindre grimace, te fait des bisous tout le temps, et te regarde comme si tu étais son Dieu vivant. On ne pourra pas rembobiner….Sur ce, je m’en vais ramasser le morceau de banane écrasée que je viens d’apercevoir sur le sol de la cuisine. Allez…

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Avr 142016
 

certains d’entre vous se sont enqueris de nos nouvelles, ne voyant aucun billet poindre ici. Je les remercie de leur sollicitude.

Mais voilà, force est de reconnaître que les journées sont trop courtes, que 2 bras ne suffisent pas, et que ces temps-ci, c’est à peine si j’ai le temps d’aller aux water alors bloguer, ça relève du fantasme. La vie à 4 c’est merveilleux, c’est des rires d’enfant le matin et le soir (parfois la nuit aussi quand numero 2 se réveille et pense que c’est le bon moment pour jouer). C’est aussi des moments où on se sent dépassés, avec ses sacs de course et ses deux gosses sur les bras. A la plage avec mes sacs, ma natte à porter et mes deux adorables enfants…

Quel bonheur de les voir jouer ensemble, déambulant dans le couloir en riant à gorge déployée. Quel bonheur d’avoir fait fi de nos peurs pour avoir ce deuxième petit bonheur.


C’est tellement différent et semblable à la fois. Elle lui ressemble tellement au même âge. Mais elle n’a pas eu à affronter le jeun, le bloc opératoire, les séparations d’avec sa mère. Nous non plus. Comme dans un rêve. Parfois on s’en veut, de ne pas avoir pu offrir ça aux deux, bien qu’on sache que ce n’est pas de notre faute.

L’important c’est qu’elles soient heureuses toutes les deux aujourdhui, certes.Meme si certains jours sont plus durs que d’autres pour le Mogwaï. Même si souvent, mon cœur se brise à l’idée de ce qu’elle aura peut être  à affronter. C’est un mal invisible pour les autres, personne ne se doute. Quand les gens la voient, ils ne voient que la petite fille espiègle, pleine de vie, si futée et sure d’elle. Ils ne voient pas les interrogations, les inquiétudes, les incertitudes, les cicatrices…

Entendons nous bien: il y a des conditions bien pires. Nous sommes des chanceux.

Mais le pensera-t-elle, elle, quand elle sera en âge de comprendre vraiment ? Arriverai-je à lui faire penser ainsi ? Que malgré ce tour que la vie lui a joué, elle fait partie des chanceux ?  Je l’espère. J’y travaille chaque jour. Pour qu’elle et sa sœur se sentent liées, jamais désavantagées l’une par rapport à l’autre, qu’elles se sentent aimées chacune d’un amour sans faille, pour qu’elles puissent se soutenir plus tard envers et contre tout.

En attendant, nous avançons, elles avancent, vers leur avenir, d’un pas bien décidé  ! 

L’année qui s’est écoulée a été belle, remplie d’amour et de sourires. Déjà plus d’un an que le Koala a montré son nez. Elle marche, elle court, elle suit sa sœur dans tous ses mauvais coups, elle plaque les chats…et nous voilà à un nouveau tournant de notre vie. Bientôt nous pourrons voyager, vadrouiller. Pas trop loin. Mais quand même.

Avr 022015
 

Elle est arrivée parmi nous le 1er mars, de bon matin, bien éveillée et parfaite. En toute objectivité. Puisque numéro 1 a un surnom masculin, autant continuer pour celle-ci : ça sera le Koala.

Autant vous prévenir, je vais me livrer ici à un indécent récit d’accouchement, mais je tiens à le coucher noir sur blanc pour ne pas en oublier une miette. Alors, esprits délicats, il est encore temps de changer de page…

Ca faisait plusieurs jours que je trainais ma silhouette baleinesque, en suppliant le Koala de sortir de là, la chaleur étant insupportable. Une amie m’a même devancé de quelques jours alors qu’elle était censé accoucher après moi. Ce jour là, j’en ai pleuré d’ailleurs. De joie pour elle, mais de jalousie aussi ! Je voulais accoucher ! Mais de façon naturelle. Alors j’attendais…

Puis, le jour de l’accouchement, à 39 SA + 3 soit quasiment le même terme que pour l’ainée, comme je tournais en rond dans mon salon pendant que le Mogwaï et son père faisaient la sieste, j’entrepris de jardiner un peu. Est-ce qui a décidé le Koala à venir, on ne le saura jamais. En tous cas, le soir même, je commence à ressentir quelques contractions. Au début, avec le z’homme on se dit, ouais bof comme tous les soirs, quoi. Puis, très vite je sens que ça devient plus intense. La fameuse douleur de règles. Je préviens alors le z’homme que cette fois c’est différent. Il est 23h. Le Mogwaï dort heureusement. A 23h30, nous décidons d’appeler notre sage femme, qui propose alors de passer vérifier. En attendant, je décide de me plonger dans un bain chaud, d’avaler deux spasfons, pour voir si c’est vraiment le Jour J. Quand la sage femme arrive, vers minuit et demi, je suis toujours dans le bain, à pratiquer mes exercices de relaxation appris avec elle, et je jubile. Je jubile parce que je vais ENFIN accoucher. Je me marre en fait à ce moment là, tellement je suis contente, du coup la douleur est devenue secondaire et presque agréable. C’est le moment où je choisis de me laisser emporter par le côté agréable des contractions et de transformer la douleur en sensation douce et chaude. La sage femme m’examine, je suis déjà à 4. Je sors du bain pour aller sur le ballon, où le z’homme me masse le bas du dos, et m’aide à m’étirer en émettant des sons graves, nos fameuses vocalises. Nous vivons des instants de communion très intenses, interrompus par moments par nos rires quand un chat décide de gratter bruyamment sa litière, ou qu’un autre se pose sur mon tapis de gym pour se lécher les parties. Pas très concentrés, mais au final, l’important c’est d’être détendus et nous le sommes. Nous appliquons calmement tous les petits exercices montrés en préparation, je visualise mon col qui s’ouvre, je change de position toutes les dix minutes, je marche, je bois de l’eau, je plaisante avec ma sage femme et le z’homme entre chaque contraction, bref je suis toujours aussi contente PARCE QUE J’ACCOUCHE ENFIN ! Entre deux, un petit monitoring du bébé pour s’assurer qu’elle supporte bien le travail. Vers 2h du matin, comme je lui dis que l’intensité des contractions augmente, ma sage femme me ré-examine et là, le verdict tombe : « il faut partir, tu es déjà à 7″. Ah. Bon.

Le z’homme appelle mon père pour qu’il vienne veiller sur le Mogwaï, ce qui donne : – allo ? Oui, Anliiz est en train d’accoucher, faut que tu viennes garder le Mogwaï » – Mais quand ? – Ben là maintenant – « Clac » tut…tut…tut… Il a raccroché et il est arrivé.

Je fais un câlin à mon Mogwaï dans son sommeil…que c’est étrange de se dire qu’elle sera grande soeur au réveil… je saute d’un pied sur l’autre pendant que le z’homme finit de prendre les sacs, je gère toujours et hop en voiture Simone ! Je m’installe à l’arrière de la voiture, où je continue mes exercices de respiration, le z’homme conduit et commence à me suivre dans mes Aoooooum, je lui dis qu’il vaut mieux qu’il se concentre sur la route, et je me débrouillerai ! 15 minutes plus tard, nous arrivons à la Polyclinique de l’Anse Vata, où les sages femmes ont été prévenues par la mienne de mon arrivée et de mon état.

Je les sens incrédules quand elles me voient me diriger en marchant et tout sourire jusqu’à la salle, incrédulité qui s’évanouit instantanément quand elles examinent mon col et constatent que je suis bel et bien à 7. Mais oui je souris, moi madame, PARCE QUE JE VAIS ENFIN ACCOUCHER ! J’ai la chance d’être installée dans la salle « bleue » qui contient une baignoire. Elles m’installent, me mettent de la musique douce, tamisent les lumières, et nous laissent seuls le z’homme et moi. Parfait. Je vais passer environ 2 heures et demi dans l’eau chaude, à changer de position, à apprécier les massages que me prodigue le z’homme, je continue mes exercices avec son aide, et je m’assoupis entre les contractions. Quand alors, je sens que ça pousse. Fausse alerte, je sors du bain pour aller aux wc. Oui bon, hein, voilà, la réalité de l’accouchement, on fait caca avant et pendant, c’est la vie, on va pas se mentir. Je retourne dans l’eau. Et là, prise de fatigue, je décide de ressortir, et c’est à ce moment là que je sens que la douleur devient plus intense, je suis à deux doigts de me laisser emporter par elle, mais je lutte pour que ça reste agréable, tout est question de perception. On m’examine, je suis à 10, mais bébé ne descend pas encore, la poche des eaux est intacte. On décide avec la sage femme, après discussion (c’était le maître mot de mon projet de naissance : communication), de percer la poche pour aider la descente. Je crains que ça ne décuple la force des contractions, mais j’y vais. Elles restent finalement gérables, et bébé plonge, mais pas encore assez. J’essaie plusieurs positions, assise, sur le côté, à 4 pattes, elle avance mais pas assez à mon goût (oui c’est moi qui était pressée, il faut le dire, car la descente aurait pu probablement se faire doucement si j’avais trouvé la force de retourner dans la baignoire).

Et là, c’est le drame… on nous annonce que la demoiselle nous fait un revival de mon premier accouchement : elle regarde vers les étoiles. On me dit qu’il reste « un bourrelet de col à passer ». Je commence à pousser, mais je ne pousse pas assez longtemps. Bien, mais pas assez longtemps. Pour une raison simple, mon néo-cortex s’est réveillé, le fait qu’elle se présente comme sa soeur m’a propulsé 3 ans en arrière et me fait perdre pied. Le z’homme, très confiant jusque là, est également déstabilisé par cette information, et commence à craindre qu’on doive la sortir avec les spatules comme sa soeur. La petite bouge sa tête, elle essaie de se positionner, mais c’est la chose la plus inconfortable et douloureuse que j’ai senti de tout l’accouchement ! Le z’homme m’aide, il m’encourage, et la sage femme me parle beaucoup, elle fait tout pour me ramener dans la pièce avec eux, elle sent que je ne la crois plus quand elle me dit que le bébé n’est pas loin. Je passe par la phase de désespérance si connue des femmes qui accouchent. Ce moment où on est persuadés qu’on n’y arrivera pas, et où on commence à réclamer de l’aide sous n’importe quelle forme. Le z’homme joue son rôle à merveille, il me rappelle le pourquoi du comment, les filles me disent « tu es en train d’accoucher, ne lâche pas », alors que le gynéco de garde me propose d’appeler l’anesthésiste, et fait des remarques désobligeantes sur notre choix (il est resté assis tout le long, et n’est jamais intervenu, on peut lui reconnaître au moins ça, car je voulais accoucher avec les sage femmes).

Je passe trente minutes à douter, à lutter contre la douleur qui essaie de m’emporter au loin, je fais « non non » de la tête quand on me dit d’y aller, les filles me disent « si, si, si, tu vas y arriver ». Trente minutes où j’alterne entre « j’en peux plus, j’y arrive pas » et « vous la voyez vraiment ? Sérieux ? ». La phase passe, j’arrive à rouvrir les yeux et à les plonger dans ceux de la sage femme, puis dans ceux de l’aide soignante. Je vois dans leurs yeux que le bébé arrive, ça m’aide. Je vois le z’homme sourire, pris d’excitation parce qu’il a vu les cheveux de sa fille, mais j’ai encore du mal à tenir la poussée. Quel souvenir, de voir le z’homme dans l’effort comme s’il poussait aussi. Je sens que je me fatigue, j’ai un nouveau moment de doute, je me vois demander à la sage femme si elle pourra m’aider quand la tête pointera vraiment, elle me dit « oui mais faut que tu tiennes la poussée. ». Le gynéco fait une remarque agaçante, ça m’énerve et c’est là que je me redresse et dit « ok, c’est bon on y va, je la sors! ». Je ne sais pas trop comment, mais j’ai trouvé les ressources pour, et en trois poussées, le Koala est là, on me la tend, je l’attrape pour la hisser sur mon ventre et l’admirer. Aussi chevelue que sa grande soeur, et ce visage, mon dieu ce visage magnifique doté de grands yeux noirs en amande. Le z’homme est absolument extatique d’avoir pu voir sortir sa fille entièrement (cette fois nous avions convenu qu’il regarderait, pour me guider quand il verrait les cheveux). Bien sûr, à peine ai-je ma fille sur moi que je lui demande si c’est « ok » par rapport au petit souci qu’avait eu notre ainée, il me répond un « oui » rempli d’émotions, c’est la première chose qu’il a regardé…il écrase une larme de soulagement…

Pour mon plus grand bonheur, cette fois, je ne suis pas séparée de ma fille, je passe deux heures à la regarder, elle a pris sa première tétée très vite après sa naissance. Le z’homme dort assis, en attendant que notre chambre soit prête. En ce qui me concerne, la pêche, pas fatiguée, juste aux anges, et debout très vite. Un accouchement dont je garderai un excellent souvenir. A ceux qui me demandent (et il y en a un paquet) ce que m’a apporté le fait d’accoucher sans péridurale, je réponds la même chose : c’est une sensation inexplicable, je me suis sentie transcendée. Même si sur le moment, on a l’impression qu’on va crever (disons les choses clairement, sur 7h d’accouchement, j’ai vécu 6h harmonieuses, douces, et la dernière heure, j’en ai chié), et bien après, aucun regret, car ce qu’il me reste, c’est ce moment incroyable où j’ai puisé dans mes ressources pour faire naître ma fille, ce moment formidable de dépassement de soi. Et voilà, 34h plus tard nous étions rentrés chez nous, mais c’est une autre histoire ;-) Les sorties précoces, on pourrait écrire des pages sur le sujet tant il pose question dans le système français…alors que c’est la norme dans certains endroits du monde…

Bref. Le Koala est là.

On peut dire que cet accouchement, cette naissance, a guéri beaucoup de choses en nous. Une page est enfin tournée…

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Fév 122015
 

Bon, je vais passer sur l’actualité de début d’année, je pense que tout le monde en a déjà beaucoup parlé, et connaître mon sentiment sur le sujet ne vous apportera rien ! Alors place à la légèreté, on en a tous besoin !

Attention, ce billet contient des références à la grossesse et à la maternité que certains n’ont peut être pas envie de connaitre, vous êtes prévenus. 

Je suis donc toujours là…Une grossesse qui se déroule sans accroc, une grosse forme, (et non, pas un gros cu*, merci là bas au fond), j’aurai pu travailler jusqu’au terme si ça n’avait tenu qu’à moi, mais le dernier rendez-vous médical m’a rappelée à l’ordre : après un week end de sensations de pré-travail, le verdict est tombé, bébé très bas, col effacé et ouvert à 2 doigts larges (jolie expression n’est-ce-pas, toi là qui n’a pas tenu compte de mon avertissement ci-dessus, hin hin). En gros, ça veut dire que je peux accoucher à tout moment. Mais aussi bien demain que dans 3 semaines. Même si j’ai beaucoup d’affection pour mes collègues (pas tous, faut pas déconner), accoucher au bureau n’était pas dans mes plans, alors j’ai tiré ma révérence à 5 semaines du terme officiel. Pas si mal. Surtout avec la vague de chaleur qui nous a écrasé la semaine dernière. C’était plus un hammam, c’était carrément le four façon Lucifer et les flammes de l’enfer. C’est la semaine où la clim’ de la voiture du z’homme a choisi de décéder. Et comme il a de la chance, il avait oublié pendant une journée une bouteille de vin dans sa voiture, dont le bouchon a cédé sous l’effet de la chaleur, sur le siège passager… Je te laisse imaginer l’odeur de vinasse dans la bagnole, avec 40°c en température ressentie, un vrai bonheur.

Je disais donc, je suis en congé maternité.

Petite explication rapide pour les non initiés (ou ceux qui jusqu’ici s’en foutaient, disons-le). La durée moyenne d’une grossesse est de 41 semaines. Cependant, on considère que l’accouchement peut survenir entre 37 et 41 SA (semaines d’aménorrhées), car un bébé est considéré à terme à 37 SA. Visiblement, la majorité des gens l’ignorent, vu le nombre de  « ah bon, mais ça serait une prématurée alors si elle nait là ! » entendus depuis. Ben non, à 37 Sa, on ne les considère plus comme tels. Grande nouvelle les gars, une date d’accouchement c’est une estimation, pas une certitude. Certaines accouchent à 37, à 38, à 40…d’autres dépassent le terme…bref, où serait la surprise sans ça !

Avez-vous d’ailleurs, vous autres mères, noté cette question récurrente en fin de grossesse : « t’accouches quand alors? » à laquelle j’ai toujours une folle envie de répondre soit par : »là, dans 5 minutes, pousse toi de là et vas chercher des serviettes » ou par: « le 24 février à 7h32 très exactement ». Bien sûr, je sais bien que les gens veulent dire par là « c’est quoi ton terme? », mais cette formulation a le don d’empêcher toute réponse sérieuse de sortir de ma bouche. J’y peux rien, je suis taquine.

Bref. Que fais-je de ce temps libre…et bien, le temps libre quand t’as déjà un premier enfant, c’est une notion assez méconnue en fait. Déjà le matin, si tu crois que je fais des grasses mat’, tu te mets le doigt dans l’oeil, je suis plus ou moins obligée de me lever pour faire le petit déjeuner du dit enfant car « non, je veux PAS PAPAAAAAA JE VEUX MAMAN ». Oui, ça s’appelle une phase.

Sinon. J’ai la joie de faire mes courses SEULE à des horaires où les supermarchés sont déserts. Tu ne peux pas imaginer comment c’est le bonheur de faire ses courses sans une enfant qui veut tout acheter dans le magasin, ou qui veut comme par hasard aller faire pipi à peine arrivée, ou qui s’assoit sur le pain dans le chariot, ou qui chante « Libérée, Délivrée » à tue-tête tout le long… C’est le paradis.

Je profite donc des moments où miss Mogwaï est au jardin d’enfants, mais comme elle n’y est pas tout le temps, en fait ça passe très vite ! La rentrée scolaire c’est lundi, mon bébé est désormais une grande fille…Et quand elle est avec moi, je me mets un point d’honneur à faire des choses agréables, pour profiter de ses derniers moments d’enfant unique. Piscine, balade, plage, ou simplement colorier avec elle. Pour mon terme, je suis assez contente de voir tout ce que j’arrive encore à faire, comparée à la première fois où j’avais du arrêter toute activité très tôt. Toutefois, encore beaucoup de gens semblent penser que la grossesse est une maladie, j’en veux pour preuves tous les « ça va ? pas trop dur ? » accompagnés d’un regard plein de pitié, que je reçois.

Pourtant, je me suis regardée ce matin dans la glace, je n’ai pas vu de baleine, ni d’hippopotame en souffrance. A moins que mon regard ne soit biaisé…Je me déplace encore plutôt avec aisance, bon ok, avec une petite démarche de pingouin, c’est possible, et les chats s’écartent de moi par peur d’être écrasés, admettons.

Allez, on se tient au jus ;)

La dernière image n’a rien à voir avec le sujet, mais je la trouve trop cool.