La boule à facettes

Tu m’excuses, le titre était le seul endroit où je pouvais mettre un truc un peu drôle.

Ceux qui me lisent depuis longtemps le savent, j’ai de multiples facettes. 

Certaines personnes pensent que j’ai le contact facile, car je vais facilement à la rencontre des gens, files d’attente, caisse du supermarché,etc. 
Alors, oui je suis capable d’être cet être sociable parfaitement adapté selon les circonstances.
Je suis cette fille qui sait ce qu’on attend d’elle et qui sait s’y prêter.
Je suis cette fille capable de jouer les mères parfaites en faisant partie de l’APE, qui socialise à la sortie des classes avec les autres parents, qui connait le prénom de tous les camarades de classe de sa fille, et organise des anniversaires avec chasse au trésor et gâteau de princesse. 

Mais Je suis également cette fille qui dit les choses comme elle les pense, parfois trop brutalement, et dont on dit qu’elle n’a pas la langue dans sa poche, ou qu’elle est trop directe. Je suis cette fille qui n’aime pas les effusions, qui n’aime pas qu’on lui demande de prendre parti et qui bien souvent se retrouve écartée parce qu’elle n’a pas voulu choisir de camp. Je suis cette fille, qui retient ce qu’aiment ou n’aiment pas les gens, qui prête de l’importance aux détails les plus infimes.
Je suis cette fille qui déteste les trucs de fille. Je suis cette personne qui aime être seule, qui n’a pas envie qu’on l’accompagne au sport, (Seriously, wtf ce truc de gonzesse de vouloir aller ensemble à la salle ?? Elles finissent toujours par se démotiver ensemble).
Je suis cette fille qu’on traite de geek parce qu’elle sait simplement utiliser Google, je suis cette fille que la majorité des filles qui la croisent ne comprennent pas parce qu’elle joue à la console, parce qu’elle aime le foot, parce qu’elle ne se plaint pas de son mec à longueur de temps. J’ingurgite des tonnes d’informations chaque jour sur mon écran, je saute d’un sujet à un autre, de la médecine à la mécanique en passant par un tutoriel sur les tresses africaines ou un tuto pour retoucher des photos. Tout me passionne et rien à la fois. Je me disperse, car tout m’intéresse. Je mémorise ;une grande partie de ce que je lis, ce qui fait que certaines personnes dans mon milieu professionnel ont pris l’habitude de dire « demande à Anliz, elle sait toujours tout « . Je suis aussi vexée que flattée quand je les entends parler de moi ainsi. Car j’en suis fière, tout en ayant le sentiment d’être un « freak » à leurs yeux, alors que pour moi ce sont eux qui sont anormaux par leur manque d’intérêt pour ce qui les entoure. 

Je suis capable de jouer les caméléons, depuis longtemps, pour ne pas être laissée à l’écart, il fallait bien s’adapter. Et c’est ce que j’ai fait. Je sais, ça sonne un chouia sociopathe. 
Je me sens souvent…inadéquate… j’ai le sentiment d’avoir un comportement inapproprié, de ne pas penser, ressentir comme les autres, de donner trop. Pourtant, je m’adapte, je fais illusion. Mais à chaque instant, j’analyse, je me demande si la personne en face de moi ne va pas mal interpréter mes propos, être blessée par un mot maladroit, je suis empathique à outrance, je m’intéresse à ce que l’autre ressent, trop, et ça me met mal à l’aise, ça me fait me sentir comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Pas à ma place.
Je suis capable de me rendre à une soirée entre filles, d’y passer un bon moment puis de ressentir aussitôt un malaise parce que je ne sais pas si j’ai dit ce qu’il fallait, parce que j’ai  joué un rôle.

Ce sentiment de jouer un rôle en permanence.  Je prends de l’âge et Je n’ai plus envie de me fondre dans la masse. 

J’ai des amis. Quelques proches. Beaucoup d’autres moins proches. Je les aime. Pourtant aucun ne me connait complètement. Parce que je ne pense pas qu’ils aimeraient la vérité brute. Alors je leur donne la partie de moi qui leur convient. Je leur donne ce qu’ils attendent. Ils n’ont pas idée. On m’étiquette, on me catalogue, on m’emprisonnne dans une image de moi altérée. On me pense caractérielle, exubérante, ou au contraire introvertie, c’est selon qui m’a croisé et à quel moment. On m’a qualifiée de tellement d’adjectifs différents ces dernières années, j’ai entendu que j’étais à la fois dure, trop gentille, méchante, drôle, négative, sur-optimiste, sérieuse, délurée, intelligente, »spéciale »….Tous ces mots prouvent à quel point on me perçoit différemment selon le contexte où l’on me côtoie. Que chaque personne me voit à travers son prisme de vérité personnel. Que chacun voit ce qui l’arrange. Et ça, ça vaut pour tout le monde en réalité. 

En vieillissant, c’est quelque chose dont on arrive à se détacher. Cependant, j’ai aussi de plus en plus envie / besoin de solitude. Pas dans l’absolu, mais de manière relative. Me rendre dans une salle de sport pleine de gens ne me dérangent pas, du moment que mes interactions sociales sont à minima. Bonjour, bonsoir, ça va, merci. C’est l’exemple idéal. On est en tenue de sport, souvent méconnaissable par rapport à notre moi du boulot. On est juste la fille rigolote-qui-fait-du-sport-avec-nous.
Ces petits sourires échangés, qui n’engagent à rien, qui n’obligent pas à la parole, c’est ce que je préfère. Pas d’engagement émotionnel, pas d’attente, pas d’affectif. L’équivalent cordial du coup d’un soir. C’est exactement pour cela que je suis capable de discuter avec quelqu’un à la caisse d’un magasin. Parce que la personne en face n’attend rien de moi en particulier. Elle n’a pas d’idée toute faite sur moi, de préjugé. Ca enlève toute charge émotionnelle, ça rend l’échange plus aisé, plus fluide.

Je suis à un stade de ma vie où je ne supporte plus de côtoyer des gens qui ne sont pas dans une démarche de sincérité absolue avec moi. Je ne parle pas d’hypocrisie. On est tous hypocrites pour les besoins professionnels, les relations parents, etc. Et c’est normal, c’est ok, ça nous empêche de nous entretuer. Mais dans mes relations personnelles, je veux de l’authentique, pas des gens qui pensent aux apparences, qui veulent se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas. Pas des gens tellement mal dans leurs pompes qu’ils en sont toxiques. 

Je suis quelqu’un de basique. Si je t’aime bien, je t’aime bien tous les jours. Je te dirai de suite et en face si quelque chose me contrarie. Je ne te ferai jamais la gueule. Si je le fais, je t’aurais informée au préalable du motif et ça sera définitif. Mais je ne donne pas dans le boudin. Je ne te jouerai pas le froid et le chaud. Je serai directe. Je ne mens pas sur ce que je suis, je ne fais pas de marketing. Si je ne t’aime pas…et bien en fait, je ne fais pas dans ce registre, les gens soit je les aime soit ils me laissent indifférente, mais « ne pas aimer » quelqu’un, je ne fais pas. Je ne vois pas l’intérêt de nourrir ce genre de sentiment. Si la personne ne m’intéresse pas, je passe mon chemin, c’est tout.

Bref. J’ai de multiples facettes. Et là, c’est celle qui blogue. ;-)

7 Commentaires

  1. Céline dit :

    Je ne sais pas comment te dire à quel point je me suis reconnue dans ton post et à quel point il a un effet libérateur sur moi. « Se sentir inadéquate » voilà la réflexion que je me fait assez souvent. Se sentir un extra-terrestre, c’est mon lot de tous les jours. Et pourtant, comme tu le dit si bien, il arrive un moment où cesse de se poser des question et de se demander ce que les gens peuvent bien penser de nous. Merci pour ce poste en tout cas.

  2. anliz dit :

    Bienvenue au club :-) j’ai mis du temps à mettre les mots sur ce sentiment d’inadéquation, et Moi aussi je me sens mieux d’avoir réussi à le verbaliser !

  3. Ce billet résonne.
    Ce doit être une question d’âge (ou en tout cas de temps passé sur cette Terre), parce que sinon on n’a pas vraiment le même vécu, mais je suis, moi aussi, à un stade de ma vie où je ne supporte plus d’avoir des interactions creuses ou fausses avec les gens.
    Les gens qui entrent dans mon cercle, s’entend, parce que sinon, le bavardage bien creux sur la météo avec mes voisins, pas de souci, je sais faire, ils me trouvent super sociable et toujours de bonne humeur (s’ils savaient, les pauvres !). Du coup, le même bavardage creux avec un proche, ça me gonfle, ça me rend triste parfois, qu’on n’ait rien de plus à se dire, mais surtout ça me donne envie de faire le vide. En gros, si tu n’as rien d’autre à m’offrir comme profondeur d’interaction, je n’ai pas de temps à perdre avec toi… Je deviens asociale en vieillissant. Moi qui ai passé toute ma vie à désespérément vouloir être acceptée… C’est marrant comme évolution.
    Enfin bref.
    Un billet qui résonne très très fort.

  4. anliz dit :

    Ma Patata, je me suis rendue compte que mes meilleurs amis étaient issus des blogs, et c’est pas un hasard, car les gens qui se sont mis à blogguer à la même époque que nous, nous ressemblent beaucoup. C’est pas tout le monde qui sait prendre le temps de construire un blog, d’écrire, de s’intéresser…
    Je crois qu’on doit maintenant s’accepter, plutôt que de vouloir se faire accepter. Ca ne se fait clairement pas sans pertes et fracas, et je suis en plein dedans. J’en reparle très vite d’ailleurs ;-)

  5. Phyloo dit :

    Tout est dit. J’ai 51 ans et j’ai mis du temps à me corriger et ça fait du bien! Je suis heureux que tu en prennes pleinement conscience bien avant. Bravo.

  6. anliz dit :

    @Phyloo, Merci ;-) j’en ai conscience depuis longtemps, (avec ma mère, difficile de faire autrement lol) mais le plus difficile c’est d’accepter sa différence. Surtout pour nous, les femmes, où on est scrutées, jugées, et malheureusement encore plus étiquetées, l’accepter c’est accepter aussi d’être bien souvent ostracisée. Mais ça me va, je suis en paix avec cette idée.

  7. J’attends la suite alors.
    (La perte et le fracas, ça me fait encore peur. Du coup il reste des gens dans ma vie qui n’ont sans doute plus rien à y faire depuis belle lurette mais je recule devant le clash, les explications, et puis le vide… Je ghoste des « amis » ou de la famille en fait, sans m’en rendre compte)

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